Ce jour. Spécial. Du bonheur, certes. Horrible, aussi.
Tellement de temps que je voulais sortir en concours de dressage. Pour voir, pour tester, pour me rendre compte de ce que c'est vraiment que de sortir en concours. On était tous impatient. J'étais la première du club à passer. A 9h10 dans le manège. On était carrément beaucoup, ça parlait dans tout les coins, les moniteurs dictaient à leur élèves ce qu'ils devaient faire.
Linka n'arrêtait pas d'hennir, elle stressait. Et à vrai dire, je ne devais pas lui faciliter la tache. J'étais assez tendu, le niveau des autres cavaliers était très élevé, ils faisaient des choses que je ne connaissais pas, et jamais il ne m'ont adressé un sourire. Même pas un seul. Si nos regards se croisaient, je pouvais limite voir des éclairs qui sortaient de leurs yeux. J'ai tout simplement halluciné.
Linka ne voulait pas se concentrer, du moins n'y arrivait pas. Trop de monde, pour elle comme pour moi. Trop de méchanceté dans l'air. Toutes les deux, on regardait partout. On ce demandait vraiment où on était tombées. Sophie essayait en vain de me faire faire des choses potables sur le dos de ma petite jument. Mais rien n'y faisait. Elle m'a dit qu'il fallait que je m'impose, au lieu de laisser tout le monde passer. Parce que c'est vrai que j'essayai d'être assez gentille avec les autres, je m'arrêtai dès qu'il le fallait pour qu'ils aient une place suffisante pour travailler. Parce que j'étais pas chez moi, j'avais pas de quoi me plaindre. Du coup, c'était encore plus dur de nous concentrer. Réflexion faite, je me décide, et on s'engage en cercle devant la porte d'entrée, sans regarder les autres. En bossant, "seules". Mais forcément ça n'a pas duré longtemps, un cercle après environ, une autre cavalière m'est rentrée dedans, ma à moitié retourné le genou. Eh oui. Là bas, je ne comprenais pas pourquoi, la priorité était à main droite. On m'a dit que c'était le nouveau règlement, mais j'ai eu du mal à m'y faire. Je ne vous raconte pas la honte que j'ai eu en poussant ce cri de douleur. Une trace noire sur mon pantalon. Mais bon, passons, j'ai essayé de ne rien laisser paraitre, même si j'avais quand même mal, pour rester concentrée un maximum.
Linka et moi étions raides, elle ne s'incurvait pas et mon trot assis était horrible, comme jamais. Sophie me dit de laisser retomber la pression qui s'était instaurée entre moi et Linka qui malgré les aides que je mettais ne répondait pas à mes jambes. Je ne lui en voulait et ne lui en veux toujours pas, parce que j'étais pareille qu'elle, pas facile à comprendre, pas facile à mettre en place. Donc pour ma part, rien à dire. On est restée toutes les deux très longtemps dans le manège, les horaires étaient décalés. Alors on s'est entrainées à faire une serpentine (catastrophique!), et à bien s'arrêter en X, pour ensuite repartir au trot. Rien à redire elle le faisait bien. J'essayais toujours d'instaurer un lien avec un autre cavalier, mais j'ai fini par abandonner et à parler qu'à Linka. Après tout, il n'y avait qu'elle que je connaissais, et elle avait besoin d'être rassurée, autant que moi.
Arrive le moment crucial. Ce moment où on vous appelle. Et là vous avez envie de faire demi-tour et de partir au grand galop. Mais c'est trop tard. Sophie me regarde avec un sourire que je n'ai pas la force de rendre. Tendue, tout le monde du club me regarde. Je ne savais pas où était le Jury, ça commençait bien. J'étais devant leurs postes (Ils étaient 4), et personne n'était dedans. Quelqu'un m'expliqua qu'ils étaient partie en pause pipi. Bon, pas très grave. J'ai juste Linka qui chauffe, qui stresse, et moi qui ne me contrôle plus vraiment. J'ai des petits vertiges, comme à mon premier concours d'obstacle. J'ai l'impression d'être dans un rêve, de ne pas être moi. La monitrice m'a dit de faire le tour de la carrière au trot avec la belle. Oui, pourquoi pas. Mais bon, au fond de la carrière, bien sur, c'est un peu étroit et Linka à un peu peur. Une fois le tour fini, je vais voir le Jury, et me rend compte qu'il en manque encore deux. Et voilà, en plus d'être stressée, disons que ça met pas de bonne humeur, qu'ils nous laisse toutes les deux attendre comme ça, alors que le stresse est à son maximum. Je me présente, Diane Delabouglise sur Linka. J'arrive devant l'entrée de la carrière et passe à côté du haut parleur au même moment que la Jury me présente au public. Le son, assez voir très fort, nous a fait sursauter, Linka et moi. M'enfin on continue on essaye de rester droite.
Mais là, à ce moment là, je regarde tout autour de moi, et je panique. Tout ce monde qui me regarde, alors que je n'ai pas le niveau, que Linka et moi sommes tendues, stressées et que je ne pourrais rien obtenir d'elle ni de moi. Je ne réfléchis plus, c'est le trou noir dans ma tête, j'ai besoin de quelqu'un qui me rassure. Je regarde Sophie, lui demande d'où je dois commencer. J'ai envie de pleurer, je ne sais pas quoi faire, je n'ai surtout rien à faire dans cette carrière, sur cette jument. Je n'ai pas le niveau. Ce sont ces mots qui sont restés dans ma tête de A à Z.
J'indique à Linka qu'il faut tourner, doublet dans la longueur. Je regarde où est le X, et on s'arrête. Je salue, et part au trot. Je ne savais pas ce que je faisais, comme si je n'avais pas conscience de mes actes. J'ai essayé de ne plus penser à rien et de suivre le cheminement logique du parcours. La carrière n'était pas du tout la même que chez nous, et le parcours était à l'envers du manège de chez nous. J'ai eu énormément de mal à convertir, et ça m'a joué des tours. Linka hennissait sans arrêt. Elle regardait partout, sauf devant elle ce qui l'a fait trébucher 2 ou 3 fois. Arrivée au moment de la diagonale au pas, je me suis faite avoir, la faisant exactement comme dans le manège alors que la carrière était plus grande, je suis arrivée trop tôt sur la piste, et à ce moment là, pour moi, de toute façon, rien de ce que j'avais fait était juste. Tout était pourri, à l'envers. On est parties au galop. Sur la diagonale, je me suis dit "Autant t'éclater", en souriant et essayant de m'apporter une lueur d'espoir, de courage, de bonheur. Mais je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas sourire, je ne pouvais pas m'éclater, tout simplement parce que j'étais tétanisée. Tout les anciens du club de Sophie étaient là, tout le monde du club nous regardait, et moi j'étais là, incapable, comme impuissante sur cette jument apeurée que je n'avais même pas réussi à calmer. Je me répétais que c'était "n'importe quoi", et je ne pensais même plus au parcours. La diagonale fut merdique à souhait, le départ au galop était beau mais je n'étais pas à ma place. Le cercle fut pourrit, et la diagonale, de même.
Fin de diagonale. Le moment, ce moment. J'étais là, sur Linka. Elle m'embarquait et je la repassait au trot de justesse juste avant la piste. Puis, j'ai eu un instant d'absence. A vrai dire, je ne me souvient plus vraiment. Je ne sais pas ce qu'il c'est passé. Le trou. Ce trou que tout le monde craint. Alors que c'était la fin, qu'il suffisait que je face un demi cercle et que je m'arrête pour saluer le jury. Au lieu de ça, j'ai décidé d'abandonner. Les rennes longues, d'un geste de honte de la main je baisse ma bombe, et fais signe au Jury que c'est la fin, que ça ne sert à rien de continuer, que j'abandonne parce que je sais que je ne vaut rien. Malgré les paroles du Jury que je n'entendais même pas, j'indique à Linka que c'est la fin, et, toujours rennes longues, tenues dans une seule main, je l'arrête, au milieu, et je salut le Jury. Je n'arrêtais pas de baisser ma bombe, j'avais énormément honte. Mais le Jury fut plus entêter que je ne l'avais imaginée, et m'obligea à reprendre mes rennes, à revenir sur la piste à main gauche, et à finir mon parcours. A quoi ça servait, je ne m'en souvenais plus. Alors tout simplement, Linka et moi avons fais le tour de la carrière au trot, doublet dans la longueur et nous nous sommes arrêtés.
Je salua le Jury, caressa Linka, enleva mes étriers, baissa ma bombe.
A la sortie de la carrière, descendue de Linka, je la caressa encore une fois et dégrafa ma bombe. Lorsque mon regard se leva, je ne put pas m'empêcher de remarquer ce silence, et ces regards, de tout le public, de pitié, de haine. Je ne souhaite à personne de vivre ce moment. Je crois bien que ce fut le pire de ma vie. Ces regards, ce silence, cette envie de pleurer que je retenais du mieux que je pouvais, mais surtout cette honte.
Je venais d'humilier le club de Sophie. Je l'ai indigné, elle, Linka et tout les autres, et ça, je ne me le pardonnerai jamais.
La pression était trop forte, la peur m'empêchait de respirer, et je savais que ce que je faisais était tout simplement nul à chier. J'avais la confirmation que je n'avais rien à faire sur un cheval. Que ce sport n'étais peut-être pas pour moi. J'avais perdue toute confiance.
Désolée, Sophie. Désolée, Linka.
Je voudrai tellement me rattraper, revenir en arrière.